2/06/2018

Des traces de pas dans ta bouche

Sami, 1901

Au campement des brûmes

à l'éclat rouge sang
d'une gorge
d'oiseau

cette boue  
pleine de couleurs

on casse la coque 
de la nuit
grignote l'aube
à peine en germe

la plupart des bébés sont comestibles 

du bout glacé de nos doigts
étanche comme du bois mort
le ciel s'accroche à nos manches

on s'en lave la gueule
on s'en lèche la tiédeur
dans les petits plies tendres

sur nos peaux
le rire doux
du sel

nos mères nous chantent
nos pères nous tirent comme des flêches

toutes les pierres sont des montagnes
toutes les chairs se valent
chaque haleine
 est sacrée

car nous valons le prix
que nous accordons au monde 

le temps est un nerf
qui crie
entre les os de nos ancêtres

la terre 
une branche

vous nous cherchez
nous traquez nous pistez 
vous vous évertuez 
à nous inventer

sans la moindre légèreté

des songes assis

sans odeurs

 ventre
plein
 de mots 
comme si nous avions disparu
comme si l'univers 
nous avait avalé
tout cru

 alors que les fantômes
 c'est vous
 nous sommes

 vos rêves

 de fantômes